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Bukavu
1964-1965
Codoki
Commandos du Kivu
(Pour agrandir une photo, clicquez sur celle-ci.) Peu avant et surtout après l'attaque inattendue de la ville de Bukavu par les rebelles "Mulele" ( la présence des rebelles dans la région n'étant nullement prévisible) des volontaires européens vivants dans la région ont spontanément et ,au départ bénévolement, offerts leurs services à l' armée régulière du Congo,
Les forces armées congolaises basées en ville totalement prises au dépourvu ce fut la débandade en quelques instants . Le colonel Mulamba commandant en chef des troupes pour la ville et la région, repris heureusement la situation en main avec quelques fidèles courageux et l'aide de quelques volontaires européens et réussit à refouler les troupes rebelles hors de la ville, non sans avoir subi de sérieuses pertes. Lors de cette attaque plusieurs civils (congolais et européens) et militaires furent tués. Des dégats sérieux aux divers bâtiments du centre-ville sont apparents sur la photo suivante. Les rebelles subirent de grosses pertes mais le "général" rebelle Olenga parvint à se retirer et parti sur Stanleyville. (Ci-joint des rebelles tués par un mortier ( photo prise du 1er étage de la patisserie "Le Gourmet" de Jeaninne et André) et photo des dégats subis à l'établissement.
 
Auparavant, certains membres de ce qui deviendra officiellement les Codoki avaient déjà effectués volontairement certaines missions au Kivu dans le but de contrecarrer la progression des rebelles muleles. Ainsi de André Dejardin, Guy Moreau, Eugène Cornet ayant sabotés des ponts dans le sud et Louis Dessy et Victor Van Bocholt aidés par la population Wanyanga de Walikale bloquant les rebelles provenant de Stanleyville (Kisangani) et désirant attaquer Bukavu. D' autres se joindront rapidement à ce groupe de volontaires, certains après avoir été libérés de la zone rebelle par les mercenaires de l' Ommegang (Mon frère Jean Dessy et moi-même à Kindu) et/ou les paras belges à Stan. Peu après, ces hommes seront incorporés officiellement à l' armée et rémunérés comme de soi, ce qui deviendra alors le CODOKI. En octobre 64, ils effectueront un raid sur Uvira située au bord du lac Tanganyika en vue de libérer les otages détenus par les rebelles. Au cours de cette mission de sauvetage Robert Aymont, engagé la veille, sera tué.
          
En fin novembre - début décembre, ils seront, avec des mercenaires sud-africains, dans l' Ituri afin de délivrer de nombreux otages à Béni,Butembo, Bunia, Kilomoto. Ci-après quelques photos de Bunia.
           
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 Suite à cette opération difficile, le groupe y ayant participé est revenu sur Bukavu pour y rejoindre les autres membres restés et contribuer à maintenir la sécurité dans diverses localités du Kivu (Walikale, Lulingu, Mwenga, Kamituga etc...) et continuer à atténuer la menace muleliste en diminuant leurs zones d' influence.
     
       
recherche des témoignages et photos en relations avec cette époque.
Suite à une visite de Mobutu venu inspecter ses troupes à Uvira, les codoki furent requis pour assurer sa protection. Avec ensuite une petite réception à l' hotel Résidence et à notre "quartier général" l' hotel Tourist.
   


  
Parti le 15 mars de Bukavu, la presque totalité des codoki arrive à Kamituga, grand poste minier du Sud-Kivu. Après une journée sur place en vue de vérifier et compléter le charroi, la colonne se rend à Nzingu, carrefour situé en pleine brousse où se trouve un détachement de l' ANC commandé par le capitaine Ernest ....et y passe la nuit. La colonne est alors composée de dix-neuf européens, dont un médecin, le dr. Gilbert Henrot et d' un officier de l' ATB, René Urbain, et d' une cinquantaine d' ex-gendarmes katangais. Parmi les "habituels" se trouvent quelques volontaires s' étant joint spontanément à nous dont un missionnaire italien. Le but de cette mission étant double à savoir aider le détachement du capitaine Ernest et tenter la libération de deux missionnaires italiens retenus par les rebelles dans une zone dangereuse où la rébellion règne encore en maître. Le 18 au lever du jour c'est le départ vers la zone hostile.
      

Les soldats de l' Anc (entendez les soldats de Mobutu, non katangais) enlèvent les pièges établis pour nous laisser passer

La route est abandonnée depuis longtemps et des villages vides ont été brûlés. La progression

est très lente du fait du mauvais état de la route et par prudence aussi. Pas âme qui vive; soit la population nous ayant entendu venir a fui mais plus probablement parce que sur une trentaine de kilomètres il n' y a plus d' habitants.
Des éléphants balladeurs alliés des rebelles ont montés des barricades.
Certains travaillent....
 En fin de journée, au sortir d' un tournant on tombe tête à tête avec un crâne fiché sur un pieu mis pour nous avertir que nous ne sommes pas les bienvenus. Après quelques kilomètres on se trouve près du pont qui nous avait été décrit comme démoli; il n' en est rien; le pont est intact et nouvellement restauré ainsi que la route sur l' autre rive qui est impeccablement entretenue.
Les rebelles, averti par le bruit des véhicules nous tirent dessus et nous balancent quelques grenades du haut de l' escarpement longeant le chemin et subissent quelques pertes.

On s' installe pour la nuit dans un beau village récemment vidé de ses habitants qui se préparaient à souper.
En fin de nuit un bruit de moteur se fait entendre...provenant de la route parcourue la veille; il s' agit d' un européen de la société MGL (Minière des Grands Lacs) qui nous rejoint avec un ou deux camions de planches destinées aux ponts présumés détruits. Dans la matinée on se remet en route; le chemin est en excellent état mais les villages sont désertés. il est clair que nous ne sommes pas accueillis en libérateurs. 

Après quelques temps nous sommes
arrêtés par un petit pont démoli durant la nuit.
Aussitôt réparé, aussitôt bloqué à nouveau par des caniveaux ouverts et un pont

 
La fatigue et surtout un certain découragement et après avoir reçu des ordres du QG à Bukavu la mission est annulée; Il est clair que les rebelles gagnent du temps en mettant des chicanes sur notre route en vue de nous préparer un accueil peu chaleureux. Nous ne sommes pas assez nombreux, faisons demi-tour et rejoignons à nouveau Nzingu.
       
Nous y passons la nuit après avoir pris la décision, à la demande du capitaine Ernest, d' effectuer le lendemain une petite reconnaissance vers Kalole. propos entendu par des civils mêlés au bivouac dont certains se sont empressés d' aller prévenir l' ennemi de notre arrivée.
Le matin du 20 mars la jeep recce tombe en panne et nous occasionne du retard; Dédé Dejardin, Jean Dessy, Franz Coupez, Guy Moreau et Eugène Cornet décident de s' installer sur la ferret et la colonne renforcée du capitaine Ernest et d' une partie de ses hommes et de Donatien démarre vers 8 heures.
Après une vingtaine de kms des éclaireurs envoyés par Ernest nous montrent un panneau de bois indiquant que nous "wa-américains" sommes attendus; les éclaireurs nous disent n' avoir rien remarqué et nous reprenons la route.
Je serais très heureux que quelqu' un puisse me retrouver Donatien qui m' a été d' une aide précieuse durant tout mon séjour au Congo et pour qui l' amitié n' est pas qu' un simple mot. Il est ou était neveu d' un colonel Tshimanga ou Tshinyama.
Après avoir parcouru une trentaine de kilomètres sans encombres sur une route en bon état et souvant rectiligne nous descendons vers un petit ravin que nous franchissons. Le chemin remontait en pente légère bifurquant sur la gauche.
Giovanni se trouvait à la mitrailleuse dans la tourelle de la Ferret pilotée par un soldat katangais.
Notre véhicule conduit par Rudi avec à ses côtés Louis Otten et ayant Raymond Noel à la mitrailleuse suivait de près le blindé.
A la sortie du tournant le blindé se trouve bloqué par une barrière constituée d' un arbre coupé; immédiatement une rafale de mitrailleuse crépite et les occupants juchés sur le véhicule sont fauchés; suivi d' un tir de blindicide qui explose à moins d' un mètre du côté gauche nous soufflant Raymond et moi sur le sol. De tout le côté gauche qui nous surplombe des balles sifflent; la mitrailleuse continue de tirer; abrités sur le flanc droit de notre jeep, Louis Otten et moi, je rampe deux mètres vers l' avant et aperçois le bout du canon sortant des broussailles à environ cinq mètres; tirant trois coups en visant légèrement en retrait de ce canon j' ai la chance de faire taire le tir et entend distinctement un corps qui s' affaisse; néammoins les tirs des automatiques continuent à nous arroser et les balles s' enfoncent dans la poussière à quelques centimètres de mes jambes. Louis parvient à se saisir d' une grenade et la balance sur le talus; des cris "maï Mulele" et des gémissements se font entendre; une seconde grenade fait son effet. Raymond réussi à récupérer sa mitrailleuse et balaie les fourrés; il est malheureusement gêné par l' angle de tir vu la hauteur de ce mini-escarpement.
Néammoins les tirs rebelles s'atténuent et je vois, quelques mètres devant, Dédé Dejardin et Guy Moreau assis sur le sol ainsi qu' Eugène Cornet gisant sur le capot-moteur le crâne éclaté.
Je ne perçois pas mon frère ni Franz Coupez et n' ai pas de nouvelles de Rudi.
Le reste de la colonne réagit et de par sa position en arrière avant le petit pont peut arroser la petite colline.
La mitrailleuse de Giovanni a reçu une balle qui a pénétré dans son canon et celui-ci est bloqué impuissant dans la tourelle. Sinon sa position en hauteur l' aurait avantagé pour nettoyer le haut du talus.
M' inquiétant du sort de Jean, je m' en informe et Dédé me répond qu' il va bien; en réalité il a reçu le début de la rafale en pleine poitrine; Franz a reçu des centaines d' éclats du blindicide et est forcément impuissant à réagir.
Le capitaine Ernest arrive avec quelques hommes et Georges Ferreira lance un obus de blindicide qui explose dans les broussailles; après un temps difficile à estimer les tirs ennemis deviennent sporadiques et les copains effectuent les manoeuvres pour faire demi-tour; un katangais aura la jambe écrasée entre deux véhicules dans la précipitation du moment. Le corps de Jean est déposé dans un véhicule et Dédé, Guy et Franz sont embarqués; le convoi dégage et ayant ramassé un flingue et un chargeur abandonné je dois courir pour me hisser sur le Ferret qui démarre et se retrouve donc en queue de la colonne avec le corps d' Eugène que je dois maintenir en place. Giovanni est brûlé à la main après avoir tenté de débloquer sa mitrailleuse.
Nous sommes bons derniers et quelques tirs nous saluent encore sur le retour. Je n' ai pas encore de nouvelles précises de mon frère mais je n' ai guère de doute sur son décès.
Arrivés à Nzingu, Raymond me confirme de la tête la nouvelle.
Il prend le commandement du groupe.
Ayant suivi le même stage que Jean à la ferme école de Mushweshwe en 55 , ils avaient créés chacun leur plantation de caféiers dans la région de Lubutu-Bitule au Maniema et avaient connus les mêmes déboires durant ces dernières années tels que la présence des rebelles Mulele; libéré par les paras à Stan il avait rejoint Bukavu, s' était engagé au codoki; Jean et lui avaient une grande amitié.
René Urbain prend contact avec le QG de Bukavu et le docteur Gilbert Henrot donne les premiers soins aux blessés appliquant une attelle à la jambe de Dédé et un garrot au bras de Guy.
  
Peu après nous partons sur Itula seul endroit où les petits porteurs annoncés pour évacuer les blessés peuvent atterrir; en cours de route je pète les plombs et menace de flinguer un chauffeur de camion croisé qui nous retarde; Rudi me prendra mon flingue pour éviter que je ne commette une erreur.
A l'arrivée des avions les blessés sont évacués et on me fait monter dans le Cesna piloté par le colonel Derome qui nous avait déjà évacués, Jean et moi, de Kindu lors de la libération en début novembre.
  
  
  
 
Dans le cesna, le docteur Henrot qu' on appelait "Toubib" s' occupe de Guy qui perd son sang.
Heureusement le trajet est de courte durée et, à l' arrivée à Kamembe, des ambulances et médecins avec matériel médical s' occuperont avec diligence de soigner les blessés et les embarquer à l' hopital de Bukavu d'où Dédé et Guy seront transférés dès le lendemain par C-130 américain sur Lovanium et puis sur la Belgique.
Une foule nous attendait à Kamembe.
Le dimanche soir la colonne arrive à Bukavu et dépose les corps à la morgue.
Les obsèques de Jean et Eugène auront lieu en présence de nombreuses personnes.
  
  
Quelques commentaires voire des photos à suivre...
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